l’histoire d’une criminalisation
vendredi 21 novembre 2003, par
1986 - 1999 : treize longues années où les élus du Fumélois (Lot et Garonne) ont empoisonné en silence toute une population avec un des incinérateurs les plus polluants en France.
15 mars 1999 : dix sept chômeurs et précaires d’AC ! C.L.A.S.H coupent les câbles d’alimentation et démontent la porte du four de l’incinérateur d’ordures ménagères de Fumel, quatorze inculpés dont cinq d’entre eux firent de la prison ferme, dont trois durant 32 jours...
A ce jour : les quatorze inculpés sont toujours sous contrôle judiciaire alors que l’instruction est close. Certains ont une interdiction de quitter leur département, d’autres sont interdits d’associations ou de réunions publiques.
La plainte déposée contre les élus n’est toujours pas instruite, ils se présentent aux élections... les arrêtés pris par le préfet ne sont toujours pas appliqués...
HISTOIRE
Le 15 mars 1999, des membres d’Agir Ensemble contre le Chômage (AC !), venant de plusieurs départements, manifestaient devant l’incinérateur de Fumel (Lot-et-Garonne).
Un des leurs, habitant à proximité, subissait, en même temps que la population locale, les nuisances (poussières, fumées, odeurs...) suffisamment importantes pour empêcher toute vie à l’extérieur des maisons.
Après avoir obtenu une entrevue avec le président du Syndicat Intercommunal gestionnaire du site, ils purent proposer de nouvelles méthodes de retraitements des ordures ménagères, en particulier la collecte sélective, créatrice d’emplois. Et ils demandèrent, bien entendu, la fermeture de cette usine qui polluait depuis 22 ans (!) les habitants. La seule réponse fournit fut la reconnaissance de la pollution et une « possible » fermeture vers... 2002 !
Dès lors, excédés par tant d’incompétences, de mauvaise foi et de manque d’intérêt envers la population, les précaires et chômeurs d’ AC ! décidèrent de couper les câbles d’alimentation et de démonter la porte du four principal. Contrairement à ce qui a été déclaré par les responsables de l’usine, les dégâts commis n’empêcheraient nullement l’usine de redémarrer. C’est bien dans son fonctionnement désastreux et son caractère illégal qu’il faut en chercher les causes.
En effet, les preuves nombreuses, indiscutables et sidérantes de l’empoisonnement de toute une population, dû au laxisme et au silence des élus locaux, gestionnaires du Syndicat, « responsables »des services préfectoraux et administratifs, DDASS, DRIRE, etc... Nous sommes en présences d’une zone contaminée, et ce par un des incinérateurs les plus polluants de France, à preuve les taux de fumée 50 fois supérieur à la norme, les imbrûlés 2,5 fois supérieur au taux autorisé, les 200° c de moins que la norme pour la combustion, d’où production très forte de dioxine, etc... Voir dossier technique qui suit. Aujourd’hui, enfin, une plainte contre X en bonne et due forme vient d’être déposée par un des inculpés (en 1999), riverain de l’usine.
Celle-ci, élaborée avec soin par un juriste spécialisé en droit environnemental (14 pages + 150 pages d’annexes) recense l’incroyable succession d’entraves aux réglementations en vigueur et démontre de manière magistrale les négligences et complaisances qui accompagnent le fonctionnement de l’usine, de sa création au 15 mars 1999, jour de sa neutralisation.
Madame Le Men-Raignier, juge d’instruction à Agen, en charge du dossier concernant l’action menée par les militants d’AC ! a, jusqu’à présent, refusé d’instruire à décharge et de s’interroger sur les véritables motivations ayant conduit à la mise hors service de l’incinérateur.
Le dossier devrait pourtant conduire à la mise en examen des responsables du délit d’empoisonnement de toute une population durant plus d’une décennie.
Madame la juge d’instruction a utilisé à l’encontre des précaires et chômeurs tous les outils répressifs à sa disposition, avec une rectitude implacable :
Pourtant, il n’y a eu aucune violence dans l’action commise, pas de personnes agressées ou blessées, seulement une action de salubrité publique par arrêt d’un instrument d’empoisonnement...
Ironie du sort, le dossier de plainte contre X devrait échoir sur le bureau de Madame Le Men-Reignier en tant que doyenne des juges d’instruction. Or l’État de droit, qui justifie les inculpations, doit aussi s’appliquer en matière de Droit de l’Homme et d’hygiène publique.
Faits et réalités concernant l’incinérateur de Fumel
Cet incinérateur (type « Cro-Magnon ») était HORS NORMES dès sa construction en 1986.
Aucun filtre, des flammes dépassant souvent de 5 mètres au-dessus la cheminée, il brûlait en torchère. Et, alors que les taux énormes d’imbrûlés imposaient la mise en décharge étanche des mâchefers produits par l’usine, ces derniers sont entreposés depuis des années a l’air libre en surplomb d’un ruisseau qui se jette dans le Lot et la nappe phréatique. Impensable !
Mais, de dérogation en dérogation, il continue à brûler de plus en plus d’ordures ménagères, jusqu’à la date du 15 Mars 1999, et cela malgré les renforcements successifs des normes françaises et européennes (1991, 1994).
Toute personne équilibrée peut être légitimement ahurie qu’une telle installation pouvait encore cracher, en toute impunité, son poison, au mépris des plus élémentaires considérations de santé publique.
En effet, les quelques centaines de tonnes de poussières nocives qui se sont dispersées dans l’atmosphère n’ont pas disparu par l’opération du St Esprit. Durant 13 longues années, elles ont peu à peu, mais de plus en plus, tapissé le sol sur des kilomètres à la ronde (plus ou moins loin suivant les toxiques), portées par les vents dominants allant d’Est en Ouest.
Ces substances, même en quantité infime, provoquent à terme des cancers, des maladies respiratoires, de graves atteintes à l’immunité (protection du corps), notamment en pénétrant les cycles de la chaîne alimentaire.
Aujourd’hui, on sait que l’on peut trouver de la dioxine jusque dans le lait maternel (source UFC « Que choisir ? »). On sait aussi que les incinérateurs sont responsables de 50 % de la diffusion des DIOXINES, et que dans ces chiffres, les petits incinérateurs (type Fumel) en émettent une part importante (20 %).
L’incinérateur de Fumel n’a pas redémarré. Les dégâts mineurs occasionnés par les précaires et chômeurs d’AC ! ne justifie en rien le non-redémarrage.
Alors, pourquoi ? Parce qu’il était impossible de le mettre aux normes ?
Il est à noter que le ministère de l’environnement s’est aussi interrogé et a posé la même question au préfet du Lot-et-Garonne, et demandé des analyses de sol pour les métaux lourds et la dioxine (30 juillet 1999). Nous sommes sans nouvelle de la réponse du préfet.
Quelle est l’ampleur des dégâts, l’étendue de la zone contaminée ?
Peut-on raisonnablement conseiller aux habitants de la région de Fumel de continuer à cultiver leurs jardins, à ceux d’Agen et d’ailleurs de consommer les produits agricoles provenant de cette zone ?
Pas les Précaires et Chômeurs d’AC !
Présentation de la plainte déposée par les inculpés de Fumel
Objet : plainte avec constitution de partie civile contre X.
Concerne : délits et infractions relatifs à l’exploitation du Centre de traitement des ordures ménagères situé sur la commune de Fumel en Lot-et-Garonne.
Le 4 juillet 1986, le préfet du Lot-et-Garonne prenait un arrêté autorisant le Syndicat Intercommunal de la Lémance à procéder à l’extension de l’usine de traitement des ordures ménagères qu’elle exploite au lieu-dit « Cammas », dans la commune de Fumel, en y installant un incinérateur de refus de compostage.
Arrêté préfectoral du 4 Juillet 1986 - L’arrêté d’autorisation du 4 Juillet 1986 est illégal.
En effet, l’exploitation des usines d’incinération d’ordures ménagères, jusque là, étaient soumises à une circulaire portant instruction technique du 6 juin 1972. Or, le Préfet, le 4 juillet 1986, ne peut ignorer qu’un arrêté ministériel du 9 juin 1986, c’est à dire pratiquement un mois avant la date d’autorisation, abroge cette circulaire et fixe des dispositions beaucoup plus sévères, notamment en ce qui concerne le rejet des polluants dans l’atmosphère et le rejet d’effluents liquides dans le milieu naturel.
L’arrêté préfectoral du 4 juillet 1986 ne mentionne en aucun moment cet arrêté ministériel, et tout se passe comme si un accord tacite et officieux entre l’administration et l’exploitant afin que celui-ci puisse commencer l’exploitation sur les bases de la circulaire de 1972 sur lesquelles avait été bâti le projet et non sur les prescriptions nouvelles de l’arrêté ministériel.
Cet arrêté est donc complètement illégal et l’usine d’incinération commence à fonctionner en étant hors norme.
La prévention de la pollution atmosphérique
L’arrêté ministériel du 9 juin 1986 stipule que (article 9.2) : « ... une plate-forme de mesures sera implantée sur la cheminée... Les mesures des divers polluants doivent se faire soit périodiquement pour certains, soit en continu pour d’autres ».
Or, l’arrêté préfectoral laisse l’inspection des installations classées seule juge de la mise en place d’appareils automatiques de surveillance et de contrôle et des mesures à effectuer.
Conséquence immédiate : l’inspection des installations classées n’ayant jamais obligé l’exploitant à installer des appareils de contrôle et donc de pouvoir mesurer certains des divers polluants, celui-ci a toujours été dans l’incapacité de connaître les concentrations des divers polluants atmosphériques. L’exploitant de l’usine était donc comme un navigateur privé de son sextant ou l’aviateur de son gyroscope. C’était complètement fou !
Ce qui est plus fou encore, c’est que lorsque exceptionnellement, l’exploitant disposait d’analyses effectuées par un organisme extérieur prouvant les dépassements incroyables des normes, il décide de continuer l’exploitation envers et contre tout.
Les prescriptions de cet arrêté préfectoral illégal ne sont même pas respectées.
Aucune mise en demeure, aucun procès verbal d’infraction ne sera jamais dressé par l’inspection des installations classées.
Alors, on pouvait se permettre de faire n’importe quoi en toute impunité.
Exemple : la capacité nominale de l’incinérateur était de 1,45 tonne/ heure. Or, Les prix tellement attractifs de la solution d’élimination proposée furent tels que de plus en plus de communes vinrent y faire incinérer leurs ordures ménagères.
Ainsi, les tonnages furent deux fois, voire trois fois, supérieurs en période estivale à ceux autorisés par l’arrêté préfectoral initial. La quantité d’ordures ménagères accueillies sur ce site était elle que l’exploitant faisait brûler à l’air libre ce qu’il ne pouvait brûler dans l’incinérateur.
Trop c’est trop !
Dès lors, ne pouvant admettre que les élus choisissent d ’empoisonner sciemment les riverains et de polluer allégrement l’environnement, alors que de très nombreux emplois pourraient être crées en développement le tri, le recyclage et des procédés d’éliminations moins polluants, les Précaires et Chômeurs décident de manifester symboliquement et pacifiquement devant l’usine, le 15 Mars 1999.
Ils demandent à rencontrer le Président du syndicat Intercommunal, qui finalement accepte de les rencontrer devant l’usine. L’intervention du Président est jugée très décevante.
Le Président reconnaît que l’exploitation n’est pas conforme et qu’il sera obligé de stopper cet incinérateur, un jour ou l’autre, mais qu’il a l’intention de le faire fonctionner encore au moins jusqu’en 2002 !!!
Dans la nuit, l’incinérateur était neutralisé. Un scandale écologique, qui perdurait depuis 1986, allait-il enfin se terminer ? Un journal a pu ainsi titrer : « les Chômeurs mettent aux normes l’incinérateur de Fumel ».
dossier réalisé en 1999 par le Comité National de Soutien aux Inculpés de Fumel - 31 rue des Gras - 63000 CLERMONT-FERRAND - Tél. : 04.73.36.66.44 - Fax : 04.73.91.09.00
COMITÉ de SOUTIEN :
Le réseau des collectifs d’AC !, la Confédération Paysanne, Syndicat SUD National, APEIS, José BOVE, Comité de soutien des Médecins, FSU, MNCP, Chom’ Actif, AC ! 48, AC ! Avignon, AC ! Lille, AC ! Marseille, AC ! Thionville, CGT Chômeurs, CGT Correcteur du Livre, La Caravane des Citoyens Solidaires, Puy de Dôme Nature Environnement, Monseigneur GAILLOT, No Pasaran, CARGO, CRAD, Association Lotus, CNT Chômeurs Lyon, CALCIN (Associations Languedociennes Contre les Incinérateurs)...